L’EQUIPEMENT NECESSAIRE (OU PAS…)

Une fois l’instrument entre nos mains vient l’épineuse question de l’équipement. Le Stick étant un instrument électrique, il faudra a minima un ampli pour pouvoir l’entendre et le faire entendre! Mais nous allons voir que tout n’est pas si simple et qu’une multitude d’options vont s’offrir à nous.

Tout d’abord, un petit rappel s’impose…

Contrairement à la guitare et à la très grande majorité des instruments de musique, le signal issu d’un Stick n’est pas un signal mono mais stéréo. Par défaut, un Stick émet deux signaux distincts : le bloc micro embarque en réalité deux micros distincts qui pré-amplifient donc séparément les cordes aiguës (bloc mélodique) et les cordes basses (bloc basse). Cinq modules micros sont actuellement disponibles :

Pour les Sticks standard (8, 10 ou 12 cordes HORS Railboards), trois modèles sont disponibles :

  • le plus complet et polyvalent : le PASV-4, un module passif embarquant deux micros Villex par bloc, avec un niveau de sortie surpuissant et une multitude de réglages par micro (volume, type de filtrage, sélecteur 4 positions pour changer la configuration des deux micros de chacun des deux blocs ) ; [pic_PASV-4] + Un exemple typique de titre joué avec un Stick équipé d’un PASV-4 : [lien_Rob_Martino]
Rob Martino (2010) – Grand Stick avec PASV-4
  • l’ACTV-2, un module actif (qui nécessite donc l’installation d’une pile 9 volts), équilibré et brillant, équipé d’un volume et un réglage de tonalité par micro ;
Bob Culbertson (2018) – Grand Stick avec ACTV-2

Ces deux micros partagent le même boîtier, ce qui peut s’avérer pratique : on peut échanger l’un par l’autre sans travail de lutherie, il suffit de dévisser l’ancien module pour le remplacer par le nouveau. En outre, ces blocs micros présentent une fonctionnalité très pratique : un petit switch permet de commuter la sortie stéréo en sortie mono, permettant de sommer les signaux des deux blocs de cordes et de jouer le Stick comme d’un instrument mono.

  • Le Stickup, un module passif enfermé dans un boîtier plus petit que l’ACTV-2 et le PASV-4 (il n’est donc pas interchangeable comme les deux autres précités sans travail – mineur – de lutherie). C’est LE SON historique du Stick, comme on le retrouve sur les enregistrements de Tony Levin avec King Crimson ou Peter Gabriel  : aucun réglage sinon un simple volume par micro, mais un son très caractéristique, avec des basses prononcées et un son global souvent décrit comme plus « acoustique » ;

En outre, deux modules de micro sont utilisables exclusivement sur les Railboard :

  • le R-Block Dual Villex est une variante du PASV-4, avec des possibilités de contrôles étendues (volume, choix de fréquence des mediums, filtre coupe-bas des mediums par micro), mais qui peut aussi passer de module actif à passif avec possibilité d’activation d’une alimentation fantôme (intéressant dans le cas d’un branchement direct sur table de mixage sans passer par un préamplificateur). Il peut également être configuré en fonctionnement mono via un petit switch [pic_R-Block] + Un exemple typique de titre joué avec un Stick équipé d’un R-Block : [lien_Greg_Howard]. Enfin, cette vidéo permet d’entendre le R-Block Dual Villex en action et ce document en anglais permet de comprendre les différentes options embarquées dans ce module.
  • Enfin, un dernier modèle est élaboré début 2021, le EMG-RB10, un module passif comprenant, pour chaque bloc de cordes, un réglage de volume et de tonalité, qui peut équiper les Railboard 10 cordes (une version pour Grand Railboard 12 cordes sera disponible courant 2021).

Un exemple sonore valant mieux qu’un long discours, cette vidéo de Greg Howard présente les différences soniques entre PASV-4, ACTV-2 et Stickup.

Stick Enterprise propose une page avec des extraits des différents modules et de leurs options.

NOTE : quel que soit le bloc micro utilisé, il convient de noter que le Stick, de par sa construction et la sensibilité de ses micros, connaît un phénomène de « repisse » (bleeding): quand les cordes du bloc basse sont jouées, une partie infime du signal est entendu au travers du micro du bloc mélodique et vice-versa. Ce phénomène inhérent à l’instrument peut être accentué en cas d’utilisation de certains effets (saturations essentiellement). Il existe plusieurs astuces pour minimiser ce phénomène : réglage minutieux de la hauteur des micros par rapport aux cordes (ils doivent être le plus proche possible des cordes sans saturation du signal), modération du niveau d’overdrive, éventuellement utilisation subtile d’un compresseur, d’un noise-gate ou d’un filtre passe-haut sur le bloc mélodique.

Au commencement : le câble !

Ces modules micros sont équipés d’une sortie jack 6.35 stéréo à laquelle doit donc être connecté un câble stéréo (identifiable par ses deux bagues, le tip et le ring) [pic_bagues]. Si vous vous branchez à un seul ampli en utilisant ce câble stéréo, seul le bloc mélodique sera amplifié. De même, si vous utilisez un câble mono pour vous brancher à un ampli, seul le bloc mélodique sera amplifié. Il faudra donc utiliser un câble stéréo pour pouvoir entendre les deux blocs du Stick, sauf que… les amplis ne sont pas équipés pour recevoir des câbles stéréo ! Aussi, en branchant le câble stéréo de votre Stick dans un ampli, quel qu’il soit, seul une partie de votre instrument sera amplifié !

Deux options s’offrent alors à vous :

  • vous utilisez un « vrai » câble stéréo (chacun des deux connecteurs étant stéréo) : [Pic_stéréo] il vous faudra un boîtier qui vous permette de séparer les deux signaux. Il existe bon  nombre d’appareils pour assurer cette fonction mais il convient de mentionner un appareil très pratique et utilisé par bon nombre de joueurs, le SP-2 Preamp développé par SFXSound : un petit préamplificateur alimenté en 9 volts embarquant un double égaliseur et permettant de séparer ou non les deux signaux [Pic_SP2]  [lien SFXSound] ;
  • vous utilisez un câble dual mono : [Pic_dual_mono] stéréo d’un côté en sortie du Stick se divisant en deux câbles mono (comme un câble d’insert en somme, ou « câble en Y »). A partir de là, vous pourrez donc vous brancher sur deux systèmes d’effets différents puis deux amplis différents, l’un pour le bloc basse, l’autre pour le bloc guitare.

Pour vous, le Stick, c’est mono ou stéréo ?

Avant d’aller plus loin sur les effets et l’amplification, il faut se poser cette question essentielle : le Stick, c’est surtout un instrument mono ou plutôt un instrument stéréo ?

Si le Stick, tel qu’imaginé par Emmett Chapman est un instrument stéréo et prend toute son ampleur utilisé ainsi, il reste évidemment possible de le jouer en mono. Bon nombre de joueurs l’envisagent comme une sorte d’ERB (Extended Bass Range), c’est-à-dire une sorte de « super basse » à la tessiture très étendue. Dans ce cas précis, il faut vous assurer que votre Stick délivre donc un signal mono (vous avez un boîtier de sommation ou un petit mixeur en aval de l’instrument si vous avez un Stickup, ou vous activez le switch idoine si vous avez un des trois autres modules micro), puis vous branchez vos effets avant d’attaquer votre amplificateur. Simple et efficace.

Si vous souhaitez jouer le Stick comme d’un instrument stéréo, il faut envisager le choix de deux amplificateurs et éventuellement de deux chaînes d’effets distinctes entre le Stick et vos amplis. Cette solution, qui peut devenir complexe et coûteuse, va par contre apporter une richesse et une diversité sonores inédites et accroître la sensation, pour l’auditeur tout du moins, que deux instruments sont joués simultanément. A partir de là, le champ des possibilités est très vaste et la solution envisagée va dépendre de plusieurs facteurs : financier tout d’abord, esthétique et aussi pratique/logistique. La plupart du temps, les stickistes qui optent pour cette configuration stéréo utilisent des chaînes d’effets distinctes pour les bloc basse et mélodique. Généralement (mais sans que cela soit une règle intangible), les stickistes aiment bien apporter à leur bloc basse un peu de compression, un overdrive et une modulation (de type phaser ou chorus), en particulier pour retrouver un peu du grain caractéristique de Tony Levin. Ils réservent au bloc mélodique un traitement plus « guitaristique » avec distorsions, modulations, et effets spatiaux (delays, reverbs).

Ces traitements peuvent indifféremment être assurés par des pédales d’effets individuelles standard, par des racks d’effets (même si ces derniers sont plus rarement utilisés à l’heure actuelle) ou des multi-effets, à modélisation ou non. Le choix de certains de ces appareils au détriment d’autres est uniquement un choix du musicien, aucun n’est plus à conseiller que l’autre.

Et à la fin, on met quoi ?

En bout de chaîne, vient la question de l’amplification, et là encore, il va essentiellement dépendre du choix du musicien et dans une moindre mesure des effets présents ou non en amont.

Il est possible d’amplifier le Stick avec n’importe quel amplificateur, mais les résultats vont quand même être largement différents.

Si vous avez opté pour un cheminement mono du signal, et étant donné la très large tessiture du Stick, il va être plus judicieux d’utiliser un système de sonorisation qui va permettre de retranscrire le plus fidèlement possible les fréquences graves et aigus. Des systèmes de type HK Audio ou Bose L1 donnent de bons résultats avec un rapport qualité/encombrement intéressant. L’utilisation d’amplificateurs dédiés aux claviers peut également être une bonne alternative, comme la série Roland KC (KC 350 ou 500 notamment). Enfin, des amplificateurs pour instruments electro-acoustiques, s’ils disposent d’une large réponse fréquentielle, comme le JAM400 de Sr Technology, peuvent également être des options intéressantes. Ces solutions d’amplification, pratiques, ont cependant tendance à délivrer un son relativement passe-partout, qui vont certes retranscrire fidèlement le caractère sonore du Stick mais peuvent manquer un peu de personnalité et de « grain ».

En utilisation stéréo, toutes les solutions précitées vont pouvoir garder leur pertinence et avec de meilleurs résultats : un système de sonorisation va toujours permettre de traiter l’ensemble du spectre de fréquences avec l’avantage d’une éventuelle panoramisation du signal, plus ou moins marquée. 

Une solution « ultime » pour le joueur de Stick qui souhaite bénéficier de la stéréo et de « grains » différenciés entre les blocs basse et mélodique va consister en l’utilisation d’un couple d’amplis basse et guitare : non seulement les deux amplis vont avoir des couleurs différentes mais leur éloignement physique l’un de l’autre sur scène ou dans la salle de répétition va permettre de gérer la stéréo. C’est une solution qui peut être assez coûteuse, fatigante (par rapport au poids total) et compliquée sur le plan logistique (par rapport aux déplacements et à la gestion de l’espace), mais elle a l’avantage de proposer une vraie identité sonore. Une solution alternative, également coûteuse mais très polyvalente et pratique, réside dans l’utilisation d’un multi-effets à modélisation pouvant gérer la stéréo (comme le Boss GT-1000 Core ou le Line 6 HX Stomp) couplé à un système d’enceintes FRFR (full range).

Et pour le plaisir des yeux… quelques exemples de rigs de joueurs de Stick de l’AFSTG !

N’hésitez pas à utiliser le forum pour discuter de ce sujet ô combien épineux ! [lien topic forum]